Nous sommes dans l'édition du samedi 10 février 1996, -si-U-plé- d'un journal du soir. Avec le recul de ces treize années de vécu néolibéral, un papier bidonnant pour les critiques des "théoriciens du complot" , page 14, section "entreprises", signé de Arnaud Leparmentier.
Le titre fendard de chez fendard, trompeur :
"La justice pénale est le seul contre-pouvoir à la puissance patronale"
Bigre ! encore un vilain gauchiste ? quelle feinte habile surtout :
"Devant la faiblesse des syndicats, des consommateurs ou des actionnaires minoritaires, les chefs d'entreprise avaient pris l'habitude de ne jamais être contestés. Les juges d'instruction sont venus leur rappeler qu'ils n'étaient pas intouchables."
(...)
"De nombreux patrons sont convaincus que la justice pénale, telle qu'elle est appliquée, est mal adaptée au monde de l'entreprise moderne."
Elle est pas belle cette phrase ? "mal adaptée au monde de l'entreprise moderne".
Ah ! et cet adjectif "moderne", il ne te pue pas le sophisme à cent lieux à la ronde ? Que de crimes n'ont-ils pas commis grâce à ce foutage de gueule "moderne". En fait ce que cette phrase annonçait en février 1996, était la mise en route d'un puissant lobbying patronal anti-obstacles... à leur modernité.
"Les chefs d'entreprise, qui se posent en victime des excès (oh que c biau ça môssieu !) du monde judiciaire, s'empressent d'invoquer d'abord le contexte général : ils sont critiqués à cause des plans sociaux, du chômage et, plus globalement, des méfaits de la mondialisation. Ils ont le sentiment que la justice leur cherche noise, s'acharnant un peu au hasard sur eux."
Leur cible évidemment était déjà en 1996, le juge d'instruction, seul empêcheur possible à leur fameuse modernité à sens et à usage unique, grâce à laquelle ils ont installé et généré le chaos économique et social que l'on sait... Pour redevenir "intouchables",
ils avaient une solution absolument géniale et délirante :
"La solution pour établir de meilleurs rapports entre la justice et l'économie consisterait, selon certains patrons, à dépénaliser un grand nombre de litiges (...) certains proposent de crééer des juges d'instruction civils. Ces derniers disposeraient de pouvoirs d'inquisition qui permettraient à une victime d'obtenir réparation dans des délais raisonnables."
Ils ne leur restaient plus qu'à pousser leur candidat exécuteur sur le devant de la scène qui s'empresserait de réaliser leur rêve de gang de parasites néolibéraux.
Septembre 2009, treize ans et quelques gros coups plus tard, objectif bouclé.
Comme ils ne manquaient pas d'air dans ce journal du soir en 1996, le 13 février, en page 13, Dominique Méda, philosophe, nous enjoignait :
"Réduisons la place du travail et de l'économie dans nos sociétés"
elle y rappelait que le travail est une invention récente, du XVIII siècle, qu'il n'a pas toujours été au coeur du lien social. Que les activités humaines ne sauraient se réduirent au seul travail, ni au primat de l'économie.
"De nombreux éléments qui entrent aujourd'hui dans notre conception du travail n'existaient pas avant le XVIII siècle. L'idée du travail que nous avons aujourd'hui est une espèce de "monstre" (...)
Le travail s'invente au XVIII siècle avec l'économie et l'émergence de l'individu. (...)
Deuxième époque, au début du XIXe siècle, dans les textes philosophiques et politiques français et allemands, le travail apparait soudainement comme liberté créatrice et comme pouvoir transformateur de l'homme sur le monde. (...) Paradoxe : c'est au moment même où se développent des conditions de travail épouvantables que l'on construit le mythe du travail conçu comme summum de l'activité humaine."
Et les capitalistes de l'ère industrielle profitèrent grassement de cette terrible imposture perpétrée contre les humains d'alors qui se laissèrent piéger. Ils n'étaient pas à armes égales.
La valeur travail ? Une colossale arnaque de l'ennemi parasite capitaliste et de ses bourgeois zélateurs.
Ce fil qui chemine au travers de vieilles coupures de presse, à raison conservées.






Commentaires